Extrait 3..Le dernier jour



Le jeudi 28 avril, je devais me lever de bonne heure pour aller à mon stage. J’ai dîné avec mon père. Le souper se composait généralement de pommes de terre à l’étouffée, de fromage et de pommes. Un petit moment que j’affectionnais tout particulièrement. Le vendredi matin, le réveil a sonné. Déjà 6 h 30 ! Le sommeil était encore présent, mais je me suis levé rapidement, pour ne pas céder à ma mauvaise habitude de traîner au lit qui me mettait souvent en retard. Seul dans la cuisine, buvant mon café, je contemplais la pièce décorée par ma mère. Elle avait pris soin d’assortir les petits bibelots à la nappe marron ornée de carreaux beiges. Le tout se mariait parfaitement bien aux meubles en chêne verni. C’est une femme qui avait un certain sens de l’esthétique.
Avant de parler de ma petite famille, je vais me décrire en quelques mots ; bien que réaliser une synthèse de soi reste très difficile ! À cette époque, j’avais 22 ans. Pas très grand, 1.70 m, de corpulence fine, je suis brun aux yeux bleus. Je n’étais pas Monsieur Univers, mais je réussissais à plaire.
Je suis de nature plutôt joviale, l’humour étant l’un de mes grands traits de caractère. Très généreux, j’accorde rapidement ma confiance et ne vois que le côté positif de tout un chacun. Ma sensibilité et ma gentillesse m’ont parfois causé du tort. Malgré les expériences, j’ai du mal à changer ma vraie nature !
Plus ou moins sportif, j’aimais courir, d’ailleurs tous les samedis matins, je cavalais derrière chez moi dans la campagne. Je faisais également du vélo et pratiquais le judo. Parti loin de mon village, j’avais dû mettre un terme à ces activités, mon apprentissage de cuisinier et ses horaires  ne me le permettant pas.
Pour me détendre et me changer les idées, je retrouvais mes amis tous les week-ends afin de prendre un verre au bar du village, ou aller chez Matias, une discothèque très familiale.
A cette époque, je vivais encore chez mon père, avec qui je m’entendais bien. N’étant pas compliqué à vivre, il me laissait faire ce que je voulais. Mes parents étaient divorcés depuis cinq ans. Pas simple, cette ambiance ! Bien sûr, je n’étais pas le seul à vivre cette situation, bien que plus rare qu’à l’époque actuelle. Mon père souffrait beaucoup de la séparation. Il se retrouvait seul dans la maison, il fallait l’aider pour l’entretenir.
Donc cela ne le dérangeait pas d’avoir son fils près de lui, même si parfois j’exagérais un peu ! En effet, j’invitais souvent des copains pour prendre un verre et même manger à la maison. Papa me laissait faire, sans aucune remontrance.
J’ai un frère aîné, Dominique, lui aussi divorcé. J’ai l’impression que c’est de famille ! Je m’entendais aussi très bien avec lui. À peine plus petit que moi, très trapu, châtain clair aux yeux bleus, il ressemble beaucoup à notre père. Tout comme moi, il était passionné de moto, il possédait une Suzuki 125 cm3. Je le voyais souvent démonter des moteurs complets, et les remonter en deux temps, trois mouvements.
Lorsque j’avais à peine 16 ans, nous partions en virée sur cette moto, et c’est lorsque les regards inquiets de notre mère ne pouvaient plus nous atteindre que je me saisissais du guidon. Elle n’aimait pas nous voir partir à moto, elle craignait l’accident et ne pouvait s’empêcher d’exprimer sa peur à chaque fois qu’elle nous voyait enfourcher ce terrible engin. À notre âge, pour nous qui avions la tête pleine d’insouciance et d’inconscience, cette moto représentait la liberté.
Afin de rassurer ma mère, nous lancions cette petite phrase sans même vraiment y penser :
 — « Ne t’inquiète pas, il ne peut rien nous arriver ! »

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