Extrait de mon livre.
La différence.
Anna Gavalda
Je vais vous
parler de moi, de mon image qui n’était plus du tout la même, elle ne me
reflétait plus, je n’étais plus l’Antoine que j’étais avant cet accident, cette
prise de conscience m’a jeté à terre, car j’avais une perte d’identité totale.
Pour moi qui étais jeune et qui vivais maintenant avec un handicap me faisait
terriblement souffrir, car ce n’était pas simple de m’accepter tel que j’étais
devenu.
Déjà
en temps normal sans aucune forme de handicap il est parfois dur de vivre une
vie naturellement, il est déjà dur d’endosser tel que l’on est sans le moindre
problème, mais dès l’instant qu’il y a une différence, celle-ci est éprouvante
à vivre à la vue des autres jeunes, ils sont malheureusement sans pitié avec
nous! On collabore trop avec une normalisation d’un paraitre, les pseudos normes
établies sont vraiment trop étroites pour ne pas laisser assez de place pour la
différence.
J’avais
vraiment peur d’être exclu et de me retrouver sans ami, car à cet âge-là, on
aspire qu’à une seule chose : « Être comme monsieur Tout-le-Monde,
zéro défaut! »
Je souhaitais
avancer et sortir de cette prison pour me sentir bien dans ma peau,
j’ai mis beaucoup de temps afin de me considérer comme une personne soi-disant
« normale », d’accepter mon handicap, d’accepter mon nouveau
physique, mais cela a était un énorme travail et surtout de colossaux efforts
qu’il m’a fallu afin de pouvoir apprivoiser tous se petit monde face à cette
différence, face à ma nouvelle identité.
J’ai
longuement payé de ma personne en me montrant généreux, sociable, bon vivant
avec certains, mais amplement avec d’autres. On ne peut pas s’imaginer cette
lourde tâche, ce travail supplémentaire que l’on doit s’imposer lorsque l’on
est porteur d’une différence.
À
travers ce handicap, je peux vous affirmer qu’il y a une souffrance physique,
mais également une souffrance morale et cette dernière est moins supportable.
Cette souffrance morale est souvent liée aux regards des autres, des regards
aux quotidiens qui se portent sur moi, qui me fixe, des personnes qui se
retournent sans aucun complexe à mon passage. Malheureusement, ce genre de
comportement vient me rappelait, qu’il y a une différence, ce qui déchaine en
moi de la haine ou un mal-être indéfinissable. C'est une lutte en
permanence pour s'intégrer à cette société.
Cela
fait 28 ans maintenant que j’ai eu mon accident et il n’y a pas eu beaucoup
d’évolutions sur le comportement des gens, les regards importuns, agaçants,
sont toujours les mêmes, rien n’a changé ! Il n’est pas rare, que des gens m’interpellent lorsque je
me gare sur une place réservée aux personnes à mobilité réduite ?
Pour eux : « handicap »
signifie systématiquement être en fauteuil roulant ou avoir un véhicule
adapté avec la grosse pancarte à l’arrière du véhicule !
La dernière fois, je suis allé en
ville avec toute ma petite famille, un
homme d’une cinquantaine d’années s’est mis à me chantonner d’un air odieux, sans
me regarder : « si tu veux ma place, prends mon
handicap !!! » Je me suis très
vite emporté, et lui ai fait comprendre qu’il fallait regarder avant de parler.
Il s’est senti très bête et c’est alors excusé.
On se sent
souvent seul devant toutes nos difficultés, mais il faut toujours essayer de
rester combattant dans ce monde hostile où la différence n’a pas sa place.

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