Extrait de mon livre: Tomber sept fois, se relever huit.



Les semaines ont passé. En dépit de mon anéantissement, je découvrais en moi une force de caractère et un esprit de battant qui me rappelait que je devais absolument y arriver, même si cela signifiait marcher à quatre pattes. J’avais un bel exemple de vie devant moi, pourquoi ne pas m’en servir ? Il ne fallait pas que cet accident soit un échec, mais seulement une triste expérience, un réapprentissage de la vie. Comme le dit le proverbe :         
 
« Tomber sept fois, se relever huit.»

J’encaissais et j’acquiesçais séance après séance, je passais de l’ergo au kiné, du kiné à l’ergo : ma tête ne sortait pas du guidon, de sa trajectoire cahoteuse et chaotique, mon corps se pliait jour après jour à ces extravagances thérapeutiques et je donnais un peu plus de ma personne. Petit à petit, mes efforts payaient un peu.       Je commençais à progresser, je retrouvais la motricité dans les bras, les mains et les doigts. Au bout de cinq semaines, les progrès avaient fait de moi un haltérophile ! Allongé sur un tapis de sol, je tenais en guise d’haltère un manche à balai, que je peinais à soulever. J’ai mis plus de deux semaines pour réussir à garder ce foutu morceau de bois plus de deux minutes au-dessus de ma tête. Quelque temps auparavant, Dominique me l’avait attaché aux mains avec des bandes velcro. La mise en place avait duré plus d’un quart d’heure. J’exécutais des tractions de haut en bas, mais au bout de six, je ressentais une grande fatigue.
 
            Je forçais sur mes bras, mais ils ne voulaient plus suivre, l’ustensile paraissait peser plus de cent kilos ! J’ai déclaré forfait. En attendant que le kiné vienne me libérer, je suis resté planté avec mon haltère en bois rivé à mes mains.
            Le jeu en valait la chandelle, et malgré tout, je restais motivé et déterminé à retrouver l’usage de mes bras et de mes jambes. Je l’espérais tant…

Une fois la séance terminée, une inébranlable soif de vaincre m’a poussé à demander aux brancardiers de me laisser seul retourner dans ma chambre avec ce satané fauteuil ! Je tournais ses roues avec la paume de mes mains, forçant pour le faire avancer. Mon corps basculait vers l’avant tel un cycliste qui franchit la ligne d’arrivée. J’avançais très lentement, centimètre par centimètre, mettant peut-être une demi-heure pour faire dix mètres. Tant pis, j’avais la force morale pour continuer ou  encore de la haine et de la rage, discrètement les larmes coulaient  au fur et à mesure que j’avançais.  Au bout du compte j’avais réussi à rejoindre ma chambre, heureux et fier de moi. Cela m’a poussé à vouloir recommencer. J’étais ravi de ces avancées, aussi minimes soient-elles. J’ai ainsi vécu quinze jours de progrès.

Beaucoup de petits bonheurs du quotidien étaient de nouveau à ma portée : boire, manger seul, avoir plus de mobilité pour faire ma toilette. Ces petits moments d’intimité étaient très appréciables, et j’estimais les avoir amplement mérités. Ce corps commençait à devenir mien, même si mon physique me dérangeait encore. Cette image ! Image qui ne serait plus un jour, je l’espérais, qu’une ombre, d’un vieux miroir.


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